Secousses congolaises : Soulèvements étudiants et Rumba

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Publiée 2015/01/06
Atelier à l’erg, 18 décembre 2014 (de 10h00 à 17h00)
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Secousses congolaises : Soulèvements étudiants et Rumba

 

Atelier à l’erg, 18 décembre 2014 (10 à 17 heures)

 

Franco & OK Jazz : On entre O.K., on sort K.O., (1985/1956).
 
 
 
Pour le troisième atelier du cycle « Karawane » nous accueillerons l’historien Pedro Monaville et le spécialiste des musiques congolaises Jean-Pierre Nimy Nzonga. L’atelier se concentre sur la rumba congolaise et les soulèvements estudiantins des années 1960 et ce dans une perspective globale – deux questions intimement liées au travail de Vincent Meessen. L’approche de l’artiste met l’accent sur les emboitements transnationaux qui constituent de part et d’autre de l’Atlantique une modernité enchevêtrée. Alors qu’on a tendance à regarder l’histoire de la musique et celle des mouvements politiques comme deux histoires séparées, la rumba congolaise et les mouvements des étudiants se constituent dans des multiples emboitements. Non seulement de nombreux orchestres de Rumba furent crées par les étudiants, et portaient souvent leurs idées de renouvellement social et culturel, en Europe et au Congo, mais leur sort se conjuguait aussi au rythme des conjonctures politiques.
 
La rumba congolaise est une musique composée et stratifiée qui se dessine au début des années 1940 dans les allers-retours transatlantiques. Germée dans les brassages inouïs du Cuba post-esclavagiste, encore largement ségrégée et exploitée, la rumba se nourrit aussi bien des chants chrétiens que des instruments espagnols (comme le tres) et des rythmes et instruments afro-cubains. Introduite au Congo par des disques importés dans les années quarante, elle devient l’expression de l’élan populaire, une échappatoire puissante à la colonisation, rythme triomphant à l’indépendance et langage transversal dans les villes en explosion. Même au temps de l’authenticité zaïroise (1972) - et l’utilisation politique que Mobutu fait des orchestres – la rumba métabolisait encore les supposées origines. Elle engage sa carrière globale en s'exportant d’abord par voie hertzienne à travers le contient africain, en se transformant de multiples fois (musique, danse, codes vestimentaires) au gré des frictions et des apports, proches et lointains.
Nous accueillerons Jean-Pierre Nimy Nzonga, fondateur de l’orchestre Yéyé national en 1964, éminent spécialiste de la Rumba qui a analysé dans ses livres et articles cette musique voyageuse sous l’angle de ses imbrications avec les conjonctures politiques et sociales au Congo, ses transformations et ses impasses.
 
La focale sur la Rumba sera accompagnée par un close up sur le mouvement des étudiants à la fin des années 1960 et la forme spécifique que ce moment global de politisation accrue prend au sein de l’université congolaise. Ce qui est souvent apostrophé comme « 68 » et imaginé comme un moment politique en Europe seulement, se conjugue à l’échelle globale et au pluriel. En Tunisie, au Sénégal et au Congo (pour ne nommer que quelques exemples) se constituent des mouvements contestataires estudiantins, porteurs d’aspirations sociales et politiques radicales. Tour en participant à une mouvance transnationale, nourrie des écrits d’auteurs phare d’une gauche internationaliste, ces mouvements prennent une forme spécifique, née de conditions singulières. Largement ignorés dans la grande histoire des années 1960, ces mouvements ont autant métabolisé les idées des avant-gardes occidentales, des revendications politiques et certaines pratiques artistiques auxquelles ils ont été parfois associés.
 
Avec l’historien Pedro Monaville, auteur d’une thèse de doctorat intitulé Decolonizing the University : Postal Politics, The Student Movement, and Global 1968 in the Congo (University of Michigan, à paraitre), nous discuterons la construction du mouvement révolutionnaire congolais dans des réseaux internationalistes, en prenant plus spécifiquement en considération l’enchevêtrement entre l’Internationale Situationniste et les intellectuels insurgés au Congo.
 
L’atelier s’engagera pendant une journée dans des échanges, partages de matériel, écoutes, et visionnages – pour lire les mouvements révolutionnaires des années 1960 et les conjonctures de la rumba. Nous chercherons à comprendre ces histoires dans leur dynamique globale, dans leur radicalité politique et esthétique et voir en quoi elles restent porteuses « d'irrésolution » dans le présent. 
 
 
Les invités
 
Pedro Monaville
Pedro Monaville est historien. Il est basé à l'Université du Michigan, où il enseigne un cours sur l'histoire globale des mouvements étudiants des années soixante et un cours sur la généalogie coloniale des interventions humanitaires en Afrique. Ses recherches portent sur l'histoire de la République Démocratique du Congo. Il a publié plusieurs articles sur le colonialisme belge au Congo et sur la mémoire coloniale en Belgique. Il travaille actuellement à l'écriture d'un livre sur l'histoire du mouvement étudiant congolais.
 
 
Jean-Pierre Nimy Nzonga
Politologue, historien et écrivain, Jean-Pierre Nimy Nzonga est diplômé des universités belges. Licencié en Sciences politiques et diplomatiques de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), détenteur d’une licence en Histoire de l’Université Catholique de Louvain-La-Neuve (UCL), il est l’auteur de nombreux articles et livres au sujet des musiques congolaises. Fondateur de l’orchestre « Yéyé national » dans les années 1960, Nimy Nzonga publie le Dictionnaire des immortels de la musique congolaise moderne (2007/2010), livre richement alimenté par son expérience directe du milieu et par un travail de documentation rigoureux, réédité et mise à jour en 2010. Il prépare actuellement une publication sous le titre « Itinéraires croisés (Histoire, Musique et Politique en RDC) » (à paraître).
 
Président de CEDEM (Culture, Education, Développement et Démocratie), une ASBL basée à Bruxelles, il est le promoteur d’un Musée d’histoire de la musique congolaise. Conférencier et consultant, il collabore aux émissions culturelles de la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF) et a publié de nombreux articles dans la presse écrite. Ancien membre du gouvernement en qualité de Secrétaire d’Etat à l’information et mobilisation, il a été également responsable de la Jeunesse nationale et a siégé comme haut cadre dans de hautes instances du Zaïre, devenu République Démocratique du Congo.
 
 
Inscription auprès de Sammy Del Gallo : 
 sammy.del.gallo@erg.be
 


 


 



Dernière modification effectuée le 9 juin 2018.