Neïl Beloufa sera en conversation avec Guillaume Désanges (commissaire d’exposition et critique d’art) à l’erg, dans le cadre du programme qui lui consacre la CINEMATEK.

Neïl Beloufa devient très jeune un artiste incontournable de la scène artistique contemporaine. Il reçoit en 2011 le Audi Talent Award et en 2013 le Meurice Prize pour l’art contemporain. Son travail fait partie des collections publiques du Centre Georges Pompidou et David Roberts Art Foundation, et il a été exposé dans de nombreuses institutions prestigieuses internationales - il inaugure d’ailleurs une nouvelle exposition au Palais de Tokyo à Paris en février. Et faire entrer le 7e art dans l’espace des galeries est un défi qu’il s’est lancé, lui qui dit de lui-même être un « frustré de cinéma ».

Son œuvre filmée est un cinéma narratif, à l’esthétique proche de celle des sitcoms, volontairement accessible dans les thèmes abordés et dans la forme. Adepte de la distanciation et de l’humour, Neïl Beloufa amène les spectateurs à réfléchir et à rester alertes face aux idées reçues. La simplicité des thématiques abordées par l’artiste résonne avec celle du dispositif cinématographique et il aime grossir les traits des situations familières pour les mettre à plat, afin de les voir sous un autre angle, s’entourant la plupart du temps d’acteurs amateurs qu’il fait jouer dans des décors fabriqués par lui et son équipe dans son studio de Montreuil, le même où il fabrique ses sculptures. Souvent son film adopte la forme du whodunit, avec son caractère humoristique et ses éléments qui impliquent le spectateur, qui se retrouve à en savoir plus que les protagonistes du film. Neïl Beloufa utilise volontiers des techniques narratives du cinéma classique comme le McGuffin. Dans son long-métrage Tonight and the People, par exemple, tourné aux Etats-Unis, il filme des communautés où l’on porte le bandana pour faire des sauts temporels, passer d’un cowboy à un groupe d’activistes par exemple.
Tenter l’expérience de la salle de cinéma, alors qu’il est hyper-présent sur la scène de l’art contemporain, c’est, en l’extrayant de ce milieu, s’inscrire à l’intérieur de la démarche de Neïl Beloufa. Son œuvre veut être une mise en danger permanente de sa propre pratique, une attention à ne pas s’installer dans une démarche confortable ou rodée, essayer des choses qu’on ne maîtrise pas, rester en recherche grâce aux échecs. Bien que narratifs, les courts métrages de Beloufa sont souvent destinés à être montrés dans des expositions et contiennent des variations sur un même thème qui permettent au spectateur de comprendre de quoi il en retourne dès qu’il s’intéresse au film lors de sa visite de l’exposition. Comment sera vu son travail filmique dans l’espace de CINEMATEK et dans une perspective historique inhérente à une cinémathèque ?
Pour cela nous avons aussi proposé à Beloufa une carte blanche de films qui balisent son parcours artistique. A côté de ceux de Hal Hartley et de Resnais, il y a celui de son père Farouk Beloufa, Nahla, qui est considéré comme un des films les plus remarquables du cinéma algérien. Dès la première scène de film, la mise à plat des dispositifs commune au père et au fils est manifeste. Un héritage à l’intérieur duquel Neïl se situe. En dehors de ce film, son père n’a-t-il pas été aussi élève de Roland Barthes et la démarche de Neïl, qu’il qualifie lui-même volontiers de « démarche encyclopédique des modes de représentations de l’homme », n’est-elle pas proche du regard critique sourire en coin et quelque peu camp, de l’auteur des ‘Mythologies’ ?

News publiée le 2 février 2018