no commons without commoning*
Formes, gestes et pensées collectifs
30 & 31.01
01.02.2018

Avec la participation de :

Hélène Bernard
Ross Birell
Guillaume Clermont
Bojana Cvejic
Alexia de Visscher
Didier Demorcy
Simona Denicolai
Arlette Despond-Barré
ergote Radio
Géraldine Gourbe
Valeria Graziano
Nicolas Jorio,
La Boîte à Gants,
Barbara Manzetti
Michaël Murtaugh
Peggy Pierrot
Ivo Provoost
Judith Revel
Teaching To Transgress
The Cheapest University
Robin Vanbesien
Wendy Van Wynsberghe

entre autres

* Une école d’art est une zone de convergence constellée d’une multiplicité d’individus, de choses et de flux, d’histoires, de fictions et de mises en scène, aux aspérités sociales, culturelles, matérielles singulières et interagissant.

Une école est aussi un territoire commun forcé. Car si on choisit d’y venir pour étudier, on ne choisit pas ceux-celles avec lesquel-le-s on va partager ce biotope éphémère.

Geôle ou lieu de rêve, vase clos ou arc à flèche, l’école est faite de ces morceaux épars.

C’est une maison pleine de hiérarchies, régie par des textes, des décrets mais aussi par des consciences qui s’y révèlent, brutales, fiévreuses, urgentes, suscitant un désir d’ensemble ou un désir de questionner « “l’ensemble »”, de fabriquer du commun.

Troublée par les réalités sociales, économiques, écologiques qui nous environnent, l’école se trouve affectée par l’embrasement de l’idéal technologique et la mise à feu des idéaux artistiques.

Le monde brûle et l’école n’est ni un frigo ni une lance d’incendie.

Est-elle sensée succomber au désenchantement du commun ou être un terrain d’expérimentation, d’invention du commun ?

Le séminaire 2018 se propose de mettre en jeu des récits et des expériences de formes collectives, des pratiques de paroles, de faires et de touchers, des modes de fabrication d’images, d’objets et d’espaces, qui tous traitent du commun.

Sans éluder la prise de risque, la faillite, le conflit.

Il s’agira de questionner ces formes, gestes et pensées dans la mesure où tout “commun” est toujours le résultat d’un “faire commun”, dans la mesure où quotidiennement nous dessinons une institution, intériorisée, incarnée, régie par des individualités et des entités collectives capables, ou non, de chorégraphier leurs dissonances, leurs propres doutes, leurs propres évolutions.

« Que nous reste-t-il de la communauté ? De ce qui a été pensé, voulu, désiré sous le mot de " communauté " ? Il semble qu’il ne nous en reste rien. Ses mythes sont suspendus, ses philosophies sont épuisées, ses politiques sont jugées. On pourrait dire aussi : " la communauté ", c’était le mythe, c’était la philosophie, c’était la politique - est tout cela, qui est une seule et même chose, est fini. Ce livre essaie de dire ceci : il y a, malgré tout, une résistance et une insistance de la communauté. Il y a, contre le mythe, une exigence philosophique et politique de l’être en commun. Non seulement elle n’est pas dépassée, mais elle vient au devant de nous, elle reste à découvrir. »
Jean-Luc Nancy, La Communauté désœuvrée, 1986

« J’ai besoin de zones d’indistinction pour accéder au Commun.
...
Dans le squatt.
Dans l’orgie.
Dans l’émeute.
Dans le train ou le village occupé. Nous nous retrouvons.
Nous nous retrouvons en singularités quelconques.
C’est-à-dire non sur la base d’une commune appartenance, mais d’une commune présence.
C’est cela notre besoin de communisme.
Le besoin d’espaces de nuit, où nous puissions nous retrouver par-delà nos prédicats.
Par-delà la tyrannie de la reconnaissance.
Qui impose la re/connaissance comme distance finale entre les corps.
Comme inéluctable séparation. »
Tiqqun, Comment faire ?, 2001

30 janvier, BOZAR

19:00, Salle M
No Commons Without Commoning : expérience de voix multiples (environ 30 min)
Une proposition performative sur un principe de polyphonie inspirée et détournée de Running Commentaries de Bojana Cvejic.
Commentaires live remixés par Lawrence Le Doux, sur des images de déplacements, rassemblements ou gestes collectifs, issues de sources diverses.

Deux séances de projection : la première présente 2 mises en scène produites et dirigées par des artistes, la seconde inaugure l’exploration des formes, des gestes et des rites collectifs qui se poursuivra durant les deux jours de rencontres à l’erg.

20:00, Salle M
Streamside Day, Pierre Huyghe
Événement, célébration, 11 octobre 2003, Streamside Knolls, État de New York, États-Unis
Film super 16mm et vidéo transféré sur Beta numérique, couleur, son, 26 min
Pour Streamside Day, 2003, Pierre Huyghe invente une coutume pour célébrer la naissance d’une communauté à Streamside Knolls, bourgade à la frontière de la ville et de la nature, au nord de New York. Constituée de membres qui, au départ, ne se connaissent pas, cette communauté va se souder autour de deux idées, le retour à une nature préservée, témoin d’un passé, et le désir d’être à l’origine d’une société nouvelle. La cérémonie a lieu le 11 octobre. Le rituel se déroule autour de ce lien privilégié avec la nature et la construction du lotissement. Une parade est organisée, conduite par un joueur de flûte qui précède un cortège des représentants locaux, poste, pompiers, bus scolaire… et qui se clôt par le marchand de glaces.
Des discours inaugurent le repas et le spectacle. Les enfants sont déguisés en animaux et fabriquent des maisons en carton, symboles de cette ville pionnière proche de la nature ; un rite prend forme, quasi fantastique.
The Sea of Silence, Marnie Weber
2009, Copie digitale d’une video HD, 16 min 12
Sea of silence raconte l’histoire des spirit girls se référant au mouvement spiritualiste américain du milieu du XIXème siècle, qui a su faire une place importante aux femmes. Les décors de leur quête onirique sont le plus souvent des transpositions des paysages mythiques de l’Amérique dans un monde enfantin et surréaliste.

21:00, Salle M
Essene, Frederick Wiseman
1972, USA, 82 min, Anglais st français
La vie quotidienne dans un monastère de l’État du Michigan, communauté de moines bénédictins totalement autarcique qui ne vit que pour le rituel. Comment résoudre les contradictions entre vie personnelle et vie de la communauté ? Comment à la fois être et ne pas être hors du siècle ?
Dans la relation entre le travail individuel et la pratique religieuse, les frères doivent surmonter les mêmes problèmes que dans n’importe quelle communauté : règles, travail, religion, valeurs, amour et jeu.

21:00, Studio
What A Flash, Jean-Michel Barjol
1972, France, 95 min
1970. A l’apogée du mouvement beatnik, de la musique rock, des drogues psychédéliques, et de la libération sexuelle, à l’heure où les phares de l’underground ont pour nom Jim Morrison, Andy Warhol ou William Burroughs, le cinéaste Jean-Michel Barjol enferme pendant trois jours et trois nuits sur un gigantesque plateau de cinéma plus de deux cents acteurs, musiciens, peintres, acrobates. Ils sont censés vivre là leurs dernières heures... Le "scénario" qu’on leur a donné ? : « Condamnés à mort par le régime en place, des marginaux décident de faire de leur dernière heure une gigantesque orgie en protestation contre l’ordre qui les a rejetés. »



31 janvier, erg

Accueil : 9h00

10h00
A choisir entre : trois présentations historiques de pratiques collectives situées dans de lieux et des temps différents

Ross Birell : Posse, Parasites & Polyphony : Morphologies of the Multitude (en anglais)
In this talk Ross Birrell will reflect upon multifaceted projects commissioned for documenta 14 (Athens and Kassel 2017). The projects were based upon long distance equestrian journeys (Criollo ; The Athens-Kassel Ride ; The Transit of Hermes) and recitals of classical music (Symphony of Sorrowful Songs ; Fugue ; Lento) and will be discussed in relation to the thought of Michael Hardt & Antonio Negri, Donna Haraway, Michel Serres, Rosi Braidotti, and Mikhail Bakhtin and considered in relation to forms of collaboration, collectivity and co-existence.

Arlette Despond-Barré, Les VHUTEMAS – Ateliers supérieurs d’art et de technique
Après la Révolution d’Octobre 1917, les Vhutemas, Ateliers supérieurs d’art et de technique, sont fondés en 1920 par un décret signé de la main de Lénine.
La Russie - désormais l’URSS - connaît, de la fin du XIXe siècle aux débuts du XXe les mêmes bouleversements artistiques que les autres pays d’Europe occidentale. Il existe par exemple une longue et heureuse tradition d’échanges entre la Russie et la France mais aussi avec l’Allemagne. La Russie et l’Allemagne voient leurs systèmes politiques et sociaux éclater dans les premières décennies du XXe siècle. Révolution bolchévique en Russie et instauration de la République de Weimar en Allemagne. Les deux pays entament alors, quasi simultanément et conjointement à leurs révolutions politiques, une refonte complète de leurs systèmes d’enseignement et principalement de leurs systèmes d’enseignement artistique. Les deux établissements qui verront le jour, Bauhaus et Vhutemas, travaillent à l’invention de procédures pédagogiques adaptées aux conditions nouvelles qu’induisent leurs révolutions politiques respectives. La démocratisation de l’accès aux enseignements artistiques et techniques est au cœur des réformes avec toutefois quelques différences notables dues aux conditions socio-économiques, politiques et institutionnelles. L’Allemagne est engagée depuis déjà de nombreuses années en faveur du développement de son industrie tandis que la toute nouvelle URSS fragilisées par le communisme de guerre ne peut l’envisager. En Russie, c’est à la suite des « révoltes » de 1905 et de l’affaiblissement du pouvoir tsariste que les débats au sein des groupes artistiques dits de gauche seront les plus virulents et porteurs de projets en faveur d’une démocratisation de l’accès – de tous – à l’enseignement et principalement à l’enseignement artistique. Une première et conséquente réforme est votée en 1918. Le mot d’ordre porté par les professeurs et les étudiants est : VIVE L’ART LIBRE !.
C’est ce dont nous débattrons.

Géraldine Gourbe, In the Canyon, Revise The Canon : Utopian Knowledge, Radical Pedagogy and Artist-run Community Art Space in Southern California
« Croire n’est pas mettre la main sur mais être marqué en creux. »
Michel de Certeau
La ville de Los Angeles a souvent été distinguée, voire opposée à New York ; sa scène de l’art a longtemps été à la marge d’une histoire de l’art traditionnelle construite à partir entre autres de la notion d’avant-garde et d’un axe de lecture euro-américain. D’un côté, l’Ouest serait défini selon la spontanéité naïve, le poétique, le subjectif et le communautaire ; alors que de l’autre à l’Est, le conceptuel, le réfléchi, la dématérialisation, le neutre et l’individuel prévaudraient.
Avant l’avènement du backlash social et culturel mené par le gouvernement Reagan dès le début des années 80, le sud californien a été un territoire privilégié pour la genèse et le développement des mouvements d’émancipation afro-américain, chicano, pacifiste, marxiste, féministe et homosexuel. À partir de la fin des années soixante, ces ondes révolutionnaires ont particulièrement influencé des pratiques comme la performance, la vidéo, l’installation, l’art collaboratif ou œuvré à l’édification de réseaux alternatifs tels que les artist-run spaces, non-profit spaces et, particulièrement, les artist-run community art spaces qui occupent une place centrale dans cet ouvrage.
Entre Santa Barbara, Los Angeles et San Diego, l’action collective publique s’est construite autour de savoirs utopiques essaimés à leur tour dans les universités ou les écoles d’art favorisant l’émergence d’une pédagogie radicale. Ces manières autres ou encore expérimentales de penser, de faire et d’enseigner l’art ont permis une déconstruction de certains canons hérités d’une tradition et d’une histoire de l’art européennes tout en œuvrant à la remise en cause de l’american way of life.

12h30 : repas collectif

14h00-19h00 :

La seconde partie de cette journée et le lendemain seront consacrés quant à eux à des ateliers, qui s’organiseront selon une logique affinitaire afin de faire émerger dans une dynamique commune les terrains, sujets, formes, etc. qui seraient mis au travail.

L’après-midi du 31 janvier sera en effet consacré à l’expérimentation d’un dispositif permettant de faire émerger des atelier qui seront poursuivis le lendemain.

Durant cet après-midi chacun.e des intervenant.e.s invité.e.s par l’école et toute personne ou projet de l’erg qui l’aura souhaité, disposera d’une table, les autres personnes (étudiants, enseignants, personnels administratifs et techniques, personnes extérieures) seront invitées à prendre place à une de ces tables.

Tou.te.s pourront prendre connaissance, discuter de la problématique du séminaire, mais également, selon cette logique affinitaire, dégager en commun un terrain, un sujet, une forme qui seraient mis au travail le lendemain.

L’intervenant.e reste à table, outre qu’il/elle sera la mémoire de ces discussions, il lui sera demandé de leur donner une couleur spécifique en fonction de ses intérêts, de ses champs d’actions.

Toutes les demi-heures, les autres auront la possibilité quant à eux soit de rester et de poursuivre la discussion, soit de partir et de circuler entre les tables (sans prendre part aux discussions, en se mettant en situation d’écoute), soit encore de se rendre à une autre table (et de participer à une autre discussion).

Aucun matériel propre à l’école ne sera mis à disposition. Chacune.e est libre de venir avec les outils, objets, dispositifs, concepts etc. qui lui semblent appropriés pour s’adresser à la problématique des communs.


1er février, erg

Matinée (9h00-12h30)

Suite des ateliers initiés la veille et interventions de Bojana Cvejic, Valeria Graziano et Judith Revel, opérant un retour de la théorie, de 11h00 à 12h30.

Une première mise en commun devra être opérée, sur base des notes des rapporteurs, élus au sein des divers groupes.

12h30 : repas collectif

Après-midi (14h00-19h00)
suite des ateliers initiés la veille
Une mise en commun finale sera débattue et devra être votée, en vue d’une publication.

19h00-21h00
« Il faut remplacer la convergence des luttes par la convergence des désirs. »


Dispositifs transversaux  

Équipe de rédacteurs
Toute la matière du séminaire (conférences de la matinée, conversations spontanées, interventions accidentelles, dynamiques et contenus des discussions des tables) sont susceptibles d’être consignées puis restituées par une équipe de rédacteurs coordonnée par Peggy Pierrot.

Cette équipe alimentera un pad public accessible également à tou.te.s afin de permettre à chacun-e de commenter, contredire, développer toutes formes, tous gestes, toutes pensées survenant au cours de ce séminaire.

Les contenus produits pourront servir de matériaux pour une publication produite à l’issue du séminaire.

Équipe de captation
Pendant toute la durée du séminaire, une équipe captation sera coordonnée par Frédéric Dupont et archivera, par l’image et le son, tout ce qui s’y passera.

Infokiosque et Media Center
L’infokiosque est, traditionnellement, une petite bibliothèque de brochures à prix libre installée dans quelqu’endroit mal fréquenté.

Pour le séminaire de cette année, Certaines d’Entre Nous (collectif à l’arrache) a rassemblé une quarantaine de textes (souvent subversifs et radicaux), disponibles dans l’école, à proximité du Média Center (mais qu’est-ce donc ?) où l’on pourra se les procurer.

Le Media Center, quant à lui, mettra à disposition le matériel nécessaire à l’injection de contenu dans le pad public, qui sera projeté sur le mur à proximité, mais aussi de quoi fabriquer de nouvelles brochures épidermiques.

Cuisine, nourriture
La cuisine autogérée du Squat 123 (http://www.123rueroyale.be/?q=node/2) est invitée à partager ses outils pour permettre de se nourrir en collectif.

image : Tom Johnson, 99 blocks connected when they have no elements in common, 2011, Dessin à l’encre sur papier,50X65 cm

News publiée le 19 décembre 2017