Politique et expérimentation graphiques

Design et Politique du multiple

Enseignant-e-s / Coordination : Pierre-Philippe Duchâtelet, Renaud Huberlant

interventions atelier : Lotte Arndt, Loraine Furter, Annick Lantenois, Lionel Maes, Alexander Schellow, Guy Woueté

séminaire : Maryam Kolly, Nicolas Prignot, Alexis Zimmer

Le master Design et Politique du Multiple ouvre un champ d’études sur la recherche en et par la pratique du design (Huyghe, 2017). Ce master engage les étudiants dans le développement d’un projet personnel à partir d’une hypothèse de travail soutenue d’un point de vue critique. Il implique de considérer la responsabilité du designer dans la construction des discours, des images, des savoirs et, par ce biais, de mesurer son rôle actif dans le découpage des structures culturelles, sociales et politiques de notre monde.

Si la notion de design est centrale au master, il s’agit moins d’une méthode tournée vers la recherche de solutions qu’une exploration des potentiels du dissensus, entendu comme lieu de création d’un monde sensible différent (Rancière, 2018). Le design considéré comme politique du multiple. Lier multiple et politique, c’est, d’une part, questionner la force politique des subjectivités multiples, fragmentées, non-fixées dans des identités immuables, et c’est, d’autre part, questionner la capacité d’agir des multiples - ces objets sériels « inanimés » du design.

Parmi les disciplines du design, nous souhaitons aborder plus spécifiquement les pratiques éditoriales. L’édition est à considérer, ici, dans un sens élargi. Elle implique un ensemble d’opérations de réagencement, de traduction, de montage, de mise en forme et de reproduction. Elle s’étend, en tant que pratique du montage, de l’imprimé au numérique, de l’image fixe à l’image en mouvement, de la mise en page à la mise en espace.

Le master croise les apports du design, de l’art, à ceux, théoriques, de la philosophie des sciences, des études culturelles, féministes et postcoloniales. Les étudiants sont amenés à explorer les rapports de domination dans les processus de transmission des récits historiques et de construction de mémoires collectives. Durant le cycle 2018/2020, les étudiants partageront le fruit de leurs recherches avec un ensemble d’invités et d’enseignants ; Lotte Arndt, Loraine Furter, Maryam Kolly, Annick Lantenois, Lionel Maes, Nicolas Prignot, Alexander Schellow, Guy Woueté et Alexis Zimmer.

"At issue is the claim that the machines, structures, and systems of modern material culture can be accurately judged not only for their contributions of efficiency and productivity, not merely for their positive and negative environmental side effects, but also for the ways in which they can embody specific forms of power and authority." Langdon Winner, Do Artefacts Have Politics ?

"(...) To convert an object into something else. To capture the force inherent to every single matter or being. This constituted the ultimate form of power and agency" Achille Mbembé, about old african cognitive world in Time on the Move

bibliographie

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- P. D. Huyghe, Contre-temps. De la recherche et de ses enjeux : arts, architecture, design, B42, 2017.
- A. Jaunait et S. Chauvin. « Représenter l’intersection » Les théories de l’intersectionnalité à l’épreuve des sciences sociales, Revue française de science politique, 2012/1 Vol. 62, p. 05-20.
- A. Lantenois, Le vertige du funambule, B42, 2013.
- A. Mbembe, Critique de la raison nègre, La Découverte (« Cahiers libres »), 2013.
- Metahaven, Black Transparancy The Right to Know in the Age of Mass Surveillance, Sternberg Press, 2015.
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- J. Rancière. A. Jdey, La méthode de la scène, Lignes, 2018.
- J. Rancière, Le destin des images, La fabrique éditions, 2016.
- E. Saïd. L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, traduction de Catherine Malamoud, préface de Tzvetan Todorov, Le Seuil, 1980.
- J.K. Shaw, T. Reeves-Evison, Fiction as method, SternbergPress, 2017.
- C. Van Winkel, « Information and visualisation : the artist as designer in During the Exhibition the Gallery Will be Closed », Valiz, Amsterdam, 2012, p 133 —201.
- L. Winner, "Do Artifacts Have Politics ?" in Daedalus, Vol. 109, No. 1, 1980.
- La Grande table (2ème partie). (2015, 3 juin). Qu’est-ce que la Forensic architecture ?
https://www.franceculture.fr/




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Pratiques artistiques et complexité scientifique

Enseignant-e-s / Coordination : Giampiero Caiti, Kobe Matthys

L’Atelier encadre le parcours singulier d’un travail dont l’étudiant (ou un collectif d’étudiants) prend l’initiative de manière autonome. On y définit les objectifs au fur et à mesure, énonce les critères des processus et les enjeux, analyse le cadre référentiel, le contexte politique, historique, artistique, etc. La recherche dans l’atelier est, de préférence, connectée au mémoire théorique. Les étudiants peuvent s’intéresser à des questions formelles, de recherche visuelle ou plastique. Les pratiques peuvent s’inscrire dans un registre introspectif, voire intime, aussi bien que communautaire et sociétal ; adopter le point de vue documentaire ou fictionnel ; se servir de méthodes empiriques ou théoriques… Il s’agit, souvent, d’un peu de tout cela à la fois. Toutes les pratiques des champs de l’art, de la narration, de la communication… sont bienvenues. Le travail est suivi de l’ébauche, en Master 1, jusqu’à sa finalisation (ou à une finalisation), lors du jury extérieur de fin d’études, en Master 2 qui se déroule sous forme d’exposition publique.

Le trajet peut commencer par des expériences, programmées selon un agenda précis ou, au contraire, selon des intuitions aléatoires. Le désir de l’étudiant guide son choix singulier, l’important c’est de retrouver une certaine forme de spontanéité, de joie de faire, de pratiquer… Ces premiers moments sont généralement suivis de temps d’analyse, de compréhension intime, de formulation d’hypothèses, de mise en commun (qui permettent d’envisager des pratiques collectives). C’est là que l’expérimentation prend progressivement forme. Chaque étudiant développe petit à petit sa propre méthode de recherche, qu’il invente à sa mesure, selon ses besoins, ses protocoles et l’aptitude à penser les processus. Nous proposons d’enregistrer les expériences réalisées : par écrit, dessin, photo, vidéo… Ce processus expérimental peut générer une démarche artistique, mais si ce n’est pas le cas, l’accumulation d’une base de données pourra, le cas échéant, servir de matériel de travail.

Les étudiants, doivent constituer, au fur et à mesure de leurs avancées, un dossier qui se compose de plusieurs textes courts (présentation, descriptif, fiche technique, motivations, références théoriques, biographie, plan, devis, agenda, budget, maquette, images…). C’est à la fois le lieu d’un approfondissement réflexif et un outil pragmatique. Le dossier, régulièrement mis à jour, constitue, également une cartographie personnelle et un moyen d’échange.

Il est intéressant de confronter l’expérimentation artistique à ce qui se pratique dans d’autres domaines, notamment scientifiques. L’atelier invite chaque année des praticiens divers et multiples, en conversation. On partage avec ces chercheurs, la connaissance approfondie de leur discipline (économie politique, biologie, cartographie, archéologie, informatique, écologie, etc.) et les processus d’investigation qui s’y déploient. C’est la complémentarité des deux dispositifs créatifs, le scientifique et l’artistique, qui nous intéresse. Les obligations inhérentes à chaque pratique définissent les concepts de chaque discipline de manière différente. Les rencontres interdisciplinaires permettent d’explorer, de croiser, plus librement les références. Ces échanges se révèlent souvent d’autant plus nécessaires, inspirants et cruciaux. Les procédures et méthodes, les formes logiques et modes d’inférence utilisés en recherche scientifique peuvent éclairer singulièrement les obligations des pratiques artistiques.

Le principe pédagogique (tutorat) que nous avons adopté, c’est celui d’un échange mutuel autour d’un trajet singulier – ou collectif – avec des questionnements essentiellement méthodologiques. La progression prévoit une période d’expérimentation assez libre et large, ensuite la scénarisation de plus en plus précise d’un projet, enfin sa réalisation matérielle. Les étudiants définissent, à peu près, tous les critères de leur travail. Ce travail est confronté à une appréciation continue lors de rencontres, fixées selon un rythme plus ou moins rapproché selon les besoins individuels. Ils se déroulent par petits groupes de 5/6 pour que s’opère également une prise de parole, des échanges, voire une entraide et éviter, si possible, les conciliabules privés. Du reste, le fonctionnement même de l’erg, non hiérarchisé, met régulièrement l’étudiant face à des avis divergents : résoudre ce dilemne renforce le point de vue des étudiants.

L’objectif de cet atelier c’est le devenir autonome des étudiants, l’acquisition des outils pour apprendre, la compréhension des pratiques dans lesquelles leur travail s’inscrit. Pour qu’ils puissent développer leur pratique non seulement artistique mais aussi citoyenne et politique.