Director, les débuts du multimédia

directorDirector est, avec Hypercard, un des plus vieux environnements “authoring” multimédia. Marc Canter créa le logiciel VideoWorks sur Apple Mac vers 1985 pour que les artistes et les non programmeurs puissent être auteurs, c’est à dire créer du contenu multimédia interactif. VideoWorks fut rebaptisé Director et sera le premier produit de Macromind qui deviendra Macromedia, elle-même rachetant et lançant Flash, aujourd’hui rachetée par Adobe… C’est ainsi la vie dans le monde commercial propriétaire, on meurt, on rachète ou on se fait racheter (à la fin il n’en restera plus qu’une petite poignée, Microsoft, Adobe, Google,…). Quand à Marc Canter, 20 ans plus tard, il comprend toujours vite, intégrant l’esprit open source dans ses activités commerciales, avec sa société Broadbands Mechanics et son Digital Life Style Aggregator…
Dans les années 90, plus de 70% des cd-roms étaient “authorés” avec Director. Aujourd’hui, malgré son format et plugin Shockwave pour Internet, Director est en passe d’être oublié. Pourtant, c’est avec cet environnement que sont apparus les premiers studios multimédias début 90′, les premiers artistes multimédias, programmeurs d’origine ou artistes musiciens/plasticiens, les premiers “interactive designers”, les premiers auteurs tels les frères Miller qui ont créé Myst en 1993 (d’abord sur Hypercard, mais c’est grâce à Director qu’ils ont pu le porter sur PC et connaître le succès).

Director était au départ un programme d’animation orienté “bitmap”, avec une timeline (scénario), des sprites, des keyframes et du tweening, des casts (acteurs) organisés en une base de données de sons et images… Director s’est ensuite enrichi d’un langage de programmation, Lingo, copié sur Hypertalk d’Hypercard, qui lui donna toute sa puissance. Il intégra la vidéo (quicktime, avi) et un mécanisme d’extension fut ajouté, les Xtras, qui comme des plugins permettent d’ajouter des fonctionnalités faites par des tiers (plusieurs centaines). Jusque fin 2000, Director était l’environnement le plus puissant pour réaliser cd-roms multimédias, des présentations (kiosques) et des installations interactives. Encore aujourd’hui, il reste un outil extrêmement efficace même comparé aux dernières versions de Flash dont l’environnement reste chaotique et peu convivial (surtout pour un programmeur).

Technologie propriétaire, très orienté historiquement vers le multimédia commercial des années 90, sans vraie communauté de partage de code telle que celles nées avec Internet (dont Flash comprendra tout l’enjeu), rattrapé par les standards du web (dhtml, javascript, java) qui permettent de plus en plus d’expressions interactives et multimédia, Director garde encore un seul tout petit atout, la 3D, qui permet de réaliser des jeux 3D multiutilisateurs sur Internet ou off-line, sans le coût des moteurs de jeux habituels et dans un langage de plus haut niveau que le C/C++ (au détriment de la performance et flexibilité).

Le site officiel de Adobe/Marcromedia :
www.macromedia.com/software/director

Quelques artistes utilisant Director:

Antoine Schmitt
Lia
Le Ciel est Bleu
Nicolas Clauss
Servovalve

Quelques installations interactives en Director:

Slippery Traces (1996),
Vénus
(1998)
Avatar (2001)
White Square (2002)
Offfcam (2004)
Living Room (2005)
Intimate Transactions (2005)

Xtras utiles:
TrackThemColors de Daniel Rozin (Smoothware) pour gérer une caméra vidéo, avec un analyseur de Blobs (zone connexe d’une image d’une même couleur) simple (que l’on retrouve aujourd’hui dans Myron pour Processing).

Une réponse à “Director, les débuts du multimédia”

  1. Stéphane Says:

    Merci pour ce récapitualitif Yves. J’ai été moi-même un utilisateur de Director, dans sa version 4 au début, vers 1995-96. C’était extrèmement stimulant pour des bidouilleurs comme moi de jouer avec des images, du son et des interventions utilisateur pour gérer du contenu. Le lingo a marqué mon retour à la programmation en fait, puisque je n’avais plus codé depuis le basic sur amstrad en 1987. Je dois toujours avoir le logiciel dans sa version 4, il permet de développer des application spour de très vieilles machine, en utilisant un peu moins de 4 mégas de mémoire vive. J’ai un vieux projet d’installation qu’il faudra bien que je réalise un jour avec des mac plus et un serveur mac lc en réseau.

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