Archive pour décembre 2009

Coppola et le Live Cinema

Mardi 29 décembre 2009

Silverfish/coppolaCoincĂ© dans l’aĂ©roport de Madrid en attente d’un avion pour les Asturies (Laboral), il ne me reste qu’Ă  Ă©plucher les journaux, et de dĂ©vorer Le Monde et LibĂ© de A Ă  Z. LibĂ© oĂą je trouve cette interview titrĂ©e “Tout est faux et rien n’est inventĂ©” de Francis Ford Coppola Ă  l’occasion de la sortie de son dernier film Tetro.

IntĂ©ressant car elle nous rappelle combien Coppola a toujours Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© aux technologies dans sa dĂ©marche expĂ©rimentale permanente, jusqu’Ă  fonder en 1969 avec G.Lucas son propre studio Zoetrope oĂą il rechercha comment utiliser la vidĂ©o pour un processus de production plus crĂ©atif, fluide et direct (voir son Silverfish, vĂ©ritable control room mobile). Mais aussi de lire sa vision du futur du cinĂ©ma Ă  l’ère du piratage et du DVD. Extraits choisis:

J’ai longtemps eu l’instinct que le cinéma ne pouvait pas s’en tenir à cette forme mécaniquement morte. Qu’il fallait rêver à autre chose, à un «live cinéma». Ce fut le projet initial de Coup de cœur [One From the Heart, 1982, le film qui a causé la ruine des studios Zootrope, ndlr].

Il y a dans l’air quelque chose d’intéressant en ce moment pour le cinéma. Comme le piratage, qu’on ne pourra pas arrêter. Tout est devenu reproductible. J’en reviens encore à mon «live cinéma», le digital ouvre des horizons, le cinéma devient malléable. C’est la première fois que j’en parle, mais j’ai envie d’un film qui serait différent d’un jour à l’autre, le film projeté le lundi ne serait pas le même que celui du vendredi. Une forme malléable enfin vivante, que je pourrais contrôler depuis chez moi, et envoyer à autant d’écrans que je veux : c’est ça le miracle du digital, pas de faire voler Superman. Il faut tirer le digital vers une forme sur laquelle on pourrait intervenir de jour en jour au moment de la projection. Seul le «live», l’expérience unique peut contrer le DVD.

PlayList Ă  Laboral: 8-bit / chiptune

Mardi 29 décembre 2009

PlayList LaboralJe reviens de mon dernier voyage de l’annĂ©e, du centre d’art Laboral (Gijon, SP) oĂą j’Ă©tais invitĂ© Ă  l’ouverture de l’expo PlayList conçue par mon collègue Domenico Quaranta (avec qui j’avais fait Holy Fire en 2008). Pas de chance, je suis parti le vendredi 28, le jour oĂą Zaventem Ă©tait recouvert de neige. Jamais j’aurais imaginĂ© que 2 ou 3 petits centimètres de poudreuse pouvaient paralyser Ă  ce point un grand aĂ©roport international (dans un monde si technologique, les pistes ne sont-elles pas chauffĂ©es Ă©lectriquement?). J’en fus quitte pour des heures d’attente, de queues interminables, une nuit forcĂ©e Ă  Madrid, et bien sĂ»r j’ai complètement ratĂ© l’ouverture et le concert audio/video de VJvisualoop

Mais qu’Ă  cela ne tienne, arrivĂ© de bonne heure Samedi, j’ai pu visiter Ă  mon aise PlayList, expo sur le mouvement ‘8-bit’ et la musique chiptune (c’est Ă  dire gĂ©nĂ©rĂ©e en programmant directement des ‘chips’ ou processeurs simples sur une seule puce).

Si les artistes 8-bit/chiptune recyclent avec joie les veilles consoles de jeux (GameBoy, NES,…) et ordis des annĂ©es 70 ou 80 (Atari, C64 ou ZX Spectrum), ce n’est pas juste par nostalgie de leurs jouets d’enfance, ou par goĂ»t de la prouesse technique de programmer en assembleur un chip de 4k de RAM (la scène des dĂ©mos n’est pas loin). Il s’agit bien plus d’une attitude subversive, du refus de l’obsolescence planifiĂ©e, de cette sociĂ©tĂ© de consommation obligeant sans cesse Ă  acheter la nouvelle gĂ©nĂ©ration de machines alors que le potentiel des anciennes est loin d’ĂŞtre Ă©puisĂ©, que leurs utopies sont loin d’avoir Ă©tĂ© vĂ©cues,…
Comme le dit Bruce Sterling, nous sommes dans l’Ă©re des ‘Dead Media’, du recyclage permanent. Ou comme l’aurait dit en 2003 (Wired) Malcom McLaren, le manager des Sex Pistols, les musiciens chiptune sont les punks d’aujoud’hui. Ou encore, comme l’a Ă©crit Walter Benjamin, ce n’est que lorsqu’un mĂ©dia devient obsolète, que l’utopie qui l’accompagnait lors de sa naissance peut enfin se rĂ©vĂ©ler car il est alors libĂ©rĂ© des contraintes d’utilitarisme, de commoditĂ© et de professionnalisme qui l’emprisonnait.

Le catalogue explore bien mieux que cet article tout ce mouvement 8-bit/chiptune et ses implications artistiques, culturelles et politiques. C’est un remarquable ouvrage avec de nombreux textes de rĂ©fĂ©rence (de Matteo Bittanti, Kevin Driscoll, Joshua Diaz, Ed Halter, Domenico Quaranta), une riche bibliographie, une discographie (avec les graphiques des pochettes de disque) et un CD mp3.

1bit symphonyL’exposition prĂ©sente aussi bien des travaux purement audio que des animations programmĂ©es sur vieux ordis (voir par ex. sur YouTube celles de Mike Johnston/Mike in Mono sur ZX spectrum) ou en Flash (celles de Raquel Meyers dans le pur style 8-bit), des installations ou dispositifs (comme le fameux Vinylvideo de Gebhard SengmĂĽller), des documents sur les communautĂ©s microbuilder.com et micromusic.net, ou des objets sonores tels que le superbe 1-Bit Symphony de Tristan Perich proposant dans un boitier CD standard, un micro-circuit gĂ©nĂ©rant sur une programmation en 1 bit une symphonie en 5 mouvements.

Artistes:

Paul B. Davis (UK), Jeff Donaldson / NoteNdo (DE), Dragan Espenschied (DE), Gino Esposto / Micromusic.net (CH), Gijs Gieskes (NL), André Gonçalves (PT), Mike Johnston / Mike in Mono (UK), Joey Mariano / Animal Style (US), Raquel Meyers (SP), Mikro Orchestra (PL), Don Miller / No-carrier (US), Jeremiah Johnson / Nullsleep (US), Tristan Perich (US), Rabato (SP), Gebhard Sengmüller (AT), Alexei Shulgin (RU), Paul Slocum (USA), Tonylight (IT), VjVISUALOOP (IT).

Liens:
- le site de l’expo PlayList et son catalogue en pdf.
- les photos de Domenico Quaranta et Régine Debatty.
- le site de Domenico Quaranta.
- voir aussi le film “8 bit Movie: a documentary about art and video games” projetĂ© Ă  Art+Game (iMAL, 2006).

Decode / Recode : appel Ă  propositions

Mardi 15 décembre 2009

decode/recodeLe Victorial & Albert Museum, vĂ©nĂ©rable musĂ©e d’art et design de Londres, propose actuellement l’expo Decode, digital design sensations, avec des oeuvres illustrant “les derniers dĂ©veloppements en design digital et interactif, allant de travaux sur Ă©cran Ă  de grandes installations interactives. On y voit des artistes tels que Daniel Brown, Golan Levin, Daniel Rozin, Troika and Karsten Schmidt proposant des pièces anciennes ou créées pour l’occasion. Trois thèmes sont explorĂ©s: Code, Interactivity et Network.

Notez que dans la communication de cette expo, on se garde bien de parler d’art: on reste dans le design, l’art appliquĂ©. Pourquoi? Peur de la confrontation avec le monde de l’art?

Recoder le travail de Karsten Schmidt
Fait intĂ©ressant, un des artistes, ici Karsten Schmitd, propose le code source de son travail et invite Ă  le modifier. Les travaux ainsi gĂ©nĂ©rĂ©s sont exposĂ©s sur le site, et auront peut-ĂŞtre la chance (?) d’Ă©tre diffusĂ©s sur le rĂ©seau TV du mĂ©tro londonien… Le code est en Processing et utilise Ă  fond opengl et les shaders.
Plus d’infos sur l’appel Recode ici.

Ready for the Internet of Things?

Mardi 8 décembre 2009

IoT at iMALPresque simultanĂ©ment, 2 sĂ©minaires se tenaient la semaine dernière sur l’Internet des Choses: un (Are you Ready for the Internet of Things?) Ă  iMAL, Bruxelles et l’autre Ă  Paris au Centre national des arts et mĂ©tiers. Sujet chaud car c’est bien de l’avenir d’une certaine infrastructure technologique dont il s’agit, ces intelligence et informatique ambiantes riches de nouvelles possibilitĂ©s mais aussi lourdes de dangers.

Sur le colloque de Paris, consulter l’article du Monde ou encore ceux sur InternetActu.net (article 1 et article 2).

A Bruxelles, le workshop Are you Ready for the Internet of Things? Ă  iMAL Ă©tait organisĂ© par Rob Van Kranenbourg et produit par Council et Tinker.it, la sociĂ©tĂ© commerciale construite autour de l’Arduino. Voir le rapport, la liste des invitĂ©s et toutes les infos sur les organisateurs sur www.theinternetofthings.eu.

Avec plus de 100 participants venus de toute l’Europe, Rob a rĂ©ussi son pari audacieux de rĂ©unir des publics très diffĂ©rents qui habituellement ne se rencontrent pas: Ă  la fois des industriels, des managers de la Commission europĂ©enne, des architectes, designers, scientifiques, ingĂ©nieurs mais aussi des artistes, des activistes et des hackers pour discuter librement sur le futur des infrastructures technologiques et cadres lĂ©gaux et politiques Ă  mettre en place pour un dĂ©veloppement harmonieux, ouvert et utile de l’IoT.

Quelques-uns des invités:
- Usman Haque avec entre autres son projet Pachube,
- l’activiste hacker et mĂ©dia artiste Jaromil qui a prĂ©sentĂ© le projet www.f1x.eu (alerte libre - non censurable - basĂ©e sur twitter) ainsi que la Charter for Innovation, Creativity and Access to Knowledge,
- Mélanie Rieback et son RFID Guardian,
- Karmen Franinovic et ses nombreux projets dans l’espace public,
- Karim Amrani et ses jeux augmentĂ©s (son Zermooma, ou ‘le monde virtuel dans l’espace physique’),
- des participants venus parfois de bien loin, comme l’artiste designer finlandais Tuomo Tammenpää (voir son TileToy et son blog misusage.org) un des initiateurs de l’Open Hardware and Design Alliance, un des rĂ©sultats du GOSH! summit.

IoT by RobSur le sujet ‘Internet of Things’ et ses implications socio-politiques, voir wikipedia, le Spime de Bruce Sterling ou encore consulter le livre ‘The Internet of Things’ Ă©crit par Rob Van Kranenbourg et gratuitement tĂ©lĂ©chargeable ici.

Quelques Ă©tudiants de l’Erg en Arts NumĂ©riques on jouĂ© les reporters tout au long de cette journĂ©e: voir le blog qu’ils ont rĂ©alisĂ© (merci Ă  RaphaĂ«l, Vincent, David - super la vidĂ©o et les interviews de Karim Amrani et Tuomo Tammenpää). De mĂŞme, on retrouvera les interventions de la soirĂ©e publique dans les archives des streams vidĂ©o d’iMAL.