Archive pour February 2006

Transmediale 2006: the report

Tuesday 21 February 2006

tm2006 - grta.netCe rapport est non exhaustif car il est impossible de tout voir entre le choix des conférences, screenings, performances, expositions…

Malgré le déménagement à l’Akademie der Kunst (un lieu bien plus petit que la Haus der Kulturen des éditions précédentes, un lieu trop exigu, étouffant, moins convivial), malgré son évolution plus “artistiquement correcte” ou sa crise identitaire, la Transmediale de Berlin reste un évènement majeur dans la culture digitale. Le week-end, on se marchait sur les pieds, nombreux publics berlinois se mélangeant au petit monde international des arts éléctroniques, toujours bien présent de partout.

Smiling Machines
L’exposition “Smiling Machines” d’Anne-Marie Duguet semble avoir été un succès si l’on en juge par la foule et les nombreux articles dans la presse allemande. Une expo grand public, plus art vidéo et art contemporain que la dernière émergence des bidouilleurs numériques, rassemblant des oeuvres des années 60 jusqu’à 2005. Une expo que l’on pourrait voir sans problèmes dans un Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Certains purs et durs le regretteront, mais rétrospectivement c’est plus cohérent que bien des expositions des années précédentes où l’on cotoyait le pire et le meilleur, la démo technologique l’emportant trop souvent. “Smiling Machines” traite de l’humour avec les machines, des absurdités et couacs parfois drôles des technologies, de l’humour et la dérision comme tactique médiatique et artistique, du canular médiatique… Cela va de la pseudo-science (”fake science”), des ratés des jeux vidéos, des pratiques activistes tels que les Yes Men, en passant par quelques robots artistiques à la simplicité désarmante (le génial “Petit Mal” de Simon Penny et le caractériel “Helpless Robot” de Norman White dont l’auteur propose maintenant le code sur Internet), à des installations vidéos des historiques Muntadas et Nam June Paik.

Readme 100 (software art)
Les conférences ne me passionnent pas trop, je le reconnais. Mais bon, j’ai quand même assisté au panel d’Alex Shulgin, un des fondateurs du site software art www.runme.org présentant “Readme” et sa dernière édition, Readme 100, Temporary Software Art Factory, tenue à Dortmund en 2005. Les proceedings réunissent pas mal d’articles sur le software art, ils sont pubilés en book-on-demand mais aussi disponibles en pdf (voir readme.runme.org). Parmi les projets réalisés, citons Reject Me, (génération automatique de lettres d’employeurs pour montrer au chômage que vous cherchez du boulot), ou aPpRoPiRaTe! projet jouant sur les systèmes de compression vidéo pour démontrer que copie téléchargée n’est pas l’original.

Les Prix
La Transmediale, c’est aussi les “awards” avec l’exposition des nominés et la traditionnelle soirée de proclamation des lauréats (voir résultats). Comme pour l’exposition, le jury suit la même tendance d’évolution vers un festival moins focalisé sur la technologie mais plus sur l’artistique, vers une identité moins radicale numérique mais plus art contemporain. A d’autre années, on aurait facilement vu un projet comme Google Will Eat Itself (GWEI) récompensé. Ici le premier prix a été décerné au projet tendance pseudo-scientifico-poétique, le délirant et rigoureux SGM-Iceberg-Probe d’Agnes Meyer-Brandis.
Revirement facile, oubli des slogans des années passées, traîtrise pour certains… lire par exemple l’article “Good Bye Reality! How Media Art Died But Nobody Noticed” de Armin Medosch sur mazine.ws , le webzine du dynamique media art postgraduate au Ravensbourne College.

Satellites
La Transmediale c’est aussi d’autres lieux et évènements satellites à travers Berlin. Le Club Maria où l’on se retrouve dans le bruit et la fumée jusqu’aux petites heures, pour des concerts et performances audiovisuelles ou (parfois mieux) le bar… Le Tesla, laboratoire accueillant en résidence des artistes qui nous présentent leurs oeuvres dans leurs ateliers (le délirant Takumi Endo avec son projet Phonethica et sa fonderie artisanale de sons sur coulée de cire avec ses robots muraux lecteurs-phonographes!), le C-base, hacker club au décor startrekien proposant cette fois-ci une exposition des étudiants de la Digitale Media Class de l’Université des Arts de Berlin . Quelques exemples à retenir, le projet CadBoots de Martin Frey ou le projet Mirrr démontrant la vitalité de ses écoles d’art médiatiques…

Ecoles Digitales
Car la Transmediale, c’est aussi cela, une vitrine pour les écoles et un point de départ pour leurs jeunes artistes: ainsi le projet 1er prix SGM-Iceberg-Probe d’Agnes Meyer-Brandis ancienne étudiante de l’Ecole Supérieure des Arts et Médias de Cologne (www.khm.de), ou le projet nominé Roermond-Ecke-Schönhauser de Markus Kison étudiant de la Digital Media Class de Berlin, projet posant dans une réalité physique ces scènes de webcams nous montrant des images réelles tirées de contextes virtuels (à imaginer). Ainsi toutes ces tables et autres surfaces envahies des nombreux folders, brochures et autres de toutes ces écoles en Europe (aucune belge…); ainsi les nombreux étudiants allemands et européens (comme toute cette classe d’une école d’art de Tourcoing, où l’on semble démarrer sur les chapeux de roue une section arts numériques).

Et alors…
La Transmediale change, finie la radicalité activiste et politique des débuts, finie la réflexion politique et sociale sur les technologies dans la société de l’information, finis les artistes électroniques marginaux et fiers de l’être ? En tout cas un style différent… bien dans une certaine évolution où les arts médiatiques sont simplement les arts actuels. Vous en voulez une belle preuve: on y a même vu des représentants de la Communauté française de Belgique et du cabinet de la Culture ! C’est tout dire que tout ces pratiques sont entrain de devenir complètement banales et reconnues et que l’on va voir tous les politiques et cultureux s’y engouffrer fort opportunément. Mais les questions artistiques, esthétiques, politiques et sociales restent entières… nous le savons, il faudra (il y aura) toujours des pionniers, des chercheurs et des artistes.

Liens:
- le site officiel www.transmediale.de
- plusieurs articles sur www.we-make-money-not-art.com
- articles de Marie Lechner (Libération) sur Smiling Machines et sur le 2e prix, Burn Station des espagnols Platoniq.
- l’article “Good Bye Reality! How Media Art Died But Nobody Noticed” de Armin Medosch sur mazine.ws
- et si vous voulez voir l’ambiance, ne ratez pas le site grtavlog.blogspot.com de George Schütz (encore un étudiant de la khm.de), autobiographiant tous ses déplacements en vidéos diffusées sur podcast (merci pour les 4 images prises des vidéos).
- et puis pour votre culture, voir par exemple les textes de Simon Penny sur entre autres “esthétiques et art interactif” à lire sur son site ou les proceedings de ReadMe 100 (software art) en pdf.

n-cha(n)t de David Rokeby @ say it now, Gand

Sunday 12 February 2006

David Rokeby n-cha(n)tLe Vooruit à Gand se met aux arts médiatiques avec le festival “say it now” qui propose du 17 au 25 février des installations, performances, concerts sur le thème de la parole et sa représentation.

Une occasion parfaite pour exposer l’installation n-cha(n)t de David Rokeby, une oeuvre explorant notre connaissance du language au travers de modèles linguistiques tels qu’ils peuvent être formalisés, ici par l’artiste programmeur, pour être exécutés par des machines, ici un réseau de 7 ordinateurs bavardant entre eux, jusqu’à converger vers un même sujet de conversation jusqu’à le chanter à l’unisson. Mais cette communion est miraculeuse, fragile, brisée à tout moment par le bruit ou les paroles des visiteurs qui replongeront les 7 bavards dans leur brouhaha chaotique originel.
n-cha(n)t est révélateur des préoccupations de Rokeby : qu’est-ce que l’humain, le langage verbal, le language du corps. Rokeby explore ces questions en établissant des hypothèse concrètes, modèles informatiques, dont l’éxécution nous rend palpables par une expérience directe et interactive la complexité de notre nature.

J’avais vu n-cha(n)t au DEAF04 à Rotterdam; j’en étais ressorti un peu déçu tant l’oeuvre est ambitieuse et prometteuse (lire l’interview). Déception due probablement à la mauvaise mise en place de l’installation, placée juste à côté d’un travail beaucoup trop bruyant perturbant complètement l’écoute (une église serait idéale) mais aussi la reconnaissance vocale des paroles des visiteurs dont les mots vont influer les sujets de conversation des 7 ordinateurs.

Interview de David Rokeby sur n-cha(n)t:
www.swr.de/swr2/audiohyperspace/engl_version/interview/rokeby.html

Interview de David Rokeby sur son travail lors du workshop qu’il fit à iMAL en 2003 (en vidéo):
www.imal.org/drokeby/archives/interviewfr.html

Site de David Rokeby (voir aussi les textes):
homepage.mac.com/davidrokeby/home.html

Festival “Say it now”:
www.vooruit.be/sayitnow/

transmediale: art contemporain numérique

Wednesday 1 February 2006

Historiquement, il y a une fracture entre les milieux de l’art numérique (ou précédemment arts électroniques) et ceux de l’art contemporain. Souvent issus fin des années 70 ou début 80, liés à des mouvances de gauche ou post-punk, les activistes des médias libres et des nouvelles technologies de l’époque constituaient un autre milieu que celui des arts contemporains. Se sont créés ainsi des organisations et festivals spécialisés ‘arts électroniques’ (devenus numériques), s’intéressant autant aux aspects esthétiques que politiques ou sociétaux des nouvelles technologies. Aujourd’hui la société est dite de l’information, on est au tout numérique, et les cloisons entre ces mondes autrefois distants tombent. Granular Synthesis représentait l’Autriche à la Biennale de Venise 2001, John Maeda est exposé à la Fondation Cartier en janvier 2006, ses disciples tels que Casey Reas sont dans les foires d’art contemporain (ex. Art Brussels en 2004), Le Fresnoy et 8 autres écoles d’art n’hésitent enfin plus à s’exposer tout numérique au Centre Pompidou…

Transmediale La Transmediale 2006, festival des arts électroniques vieux de près de 20 ans, confirme cette volonté de rapprochement tout en continuant à explorer l’évolution de l’art et la société face aux médias et technologies de plus en plus présents dans nos vies quotidiennes. Déjà l’année passée, il y avait de grands débats sur les relations entre les deux mondes, et Andreas Broeckmann, son directeur, voyait très bien les oeuvres numériques d’artistes primés tels que Camille Utterback dans les collections des musées d’art contemporain. En 2006, la tendance se confirme: il suffit de voir la composition du jury et de lire son ‘Jury Statement‘ , ou encore de constater que l’exposition est confiée à la curatelle d’Anne-Marie Duguet, où sous l’intitulé de “Smiling Machines”, elle confronte des artistes tels que Robert Filiou, Annette Messager, Georges Maciunas, William Wegman, Maurice Benayoun, The Yes Men, Jodi, Stéphane Gilot,… A voir à Berlin du 3 au 11 février, www.transmediale.de (et votre reporter en ramènera certainement quelque chose).
Anne-Marie Duguet, est professeur à Paris 1 et 8, auteur de nombreux livres et essais sur les arts vidéo et numérique, partenaire-cofondatrice du Citu . Elle a initié la collection cd-rom/dvd-rom “Anarchives” invitant des artistes à faire oeuvre interactive de documentation sur leur travail. A ce jour sont sortis le cd-rom d’Antonio Muntadas et le dvd-rom de Michael Snow. Elle préparait depuis des années le prochain numéro avec et sur Nam June Paik…(et puisqu’on est dans les dispartions, c’est lors d’une réunion de travail en 1996 chez Anne-Marie à Paris qu’un coup de téléphone nous avait annoncé la mort de Jacques-Luis Nyst, un des grands de l’art vidéo belge).