Archive pour la catégorie 'Jeu Vidéo'

PlayList à Laboral: 8-bit / chiptune

Tuesday 29 December 2009

PlayList LaboralJe reviens de mon dernier voyage de l’année, du centre d’art Laboral (Gijon, SP) où j’étais invité à l’ouverture de l’expo PlayList conçue par mon collègue Domenico Quaranta (avec qui j’avais fait Holy Fire en 2008). Pas de chance, je suis parti le vendredi 28, le jour où Zaventem était recouvert de neige. Jamais j’aurais imaginé que 2 ou 3 petits centimètres de poudreuse pouvaient paralyser à ce point un grand aéroport international (dans un monde si technologique, les pistes ne sont-elles pas chauffées électriquement?). J’en fus quitte pour des heures d’attente, de queues interminables, une nuit forcée à Madrid, et bien sûr j’ai complètement raté l’ouverture et le concert audio/video de VJvisualoop

Mais qu’à cela ne tienne, arrivé de bonne heure Samedi, j’ai pu visiter à mon aise PlayList, expo sur le mouvement ‘8-bit’ et la musique chiptune (c’est à dire générée en programmant directement des ‘chips’ ou processeurs simples sur une seule puce).

Si les artistes 8-bit/chiptune recyclent avec joie les veilles consoles de jeux (GameBoy, NES,…) et ordis des années 70 ou 80 (Atari, C64 ou ZX Spectrum), ce n’est pas juste par nostalgie de leurs jouets d’enfance, ou par goût de la prouesse technique de programmer en assembleur un chip de 4k de RAM (la scène des démos n’est pas loin). Il s’agit bien plus d’une attitude subversive, du refus de l’obsolescence planifiée, de cette société de consommation obligeant sans cesse à acheter la nouvelle génération de machines alors que le potentiel des anciennes est loin d’être épuisé, que leurs utopies sont loin d’avoir été vécues,…
Comme le dit Bruce Sterling, nous sommes dans l’ére des ‘Dead Media’, du recyclage permanent. Ou comme l’aurait dit en 2003 (Wired) Malcom McLaren, le manager des Sex Pistols, les musiciens chiptune sont les punks d’aujoud’hui. Ou encore, comme l’a écrit Walter Benjamin, ce n’est que lorsqu’un média devient obsolète, que l’utopie qui l’accompagnait lors de sa naissance peut enfin se révéler car il est alors libéré des contraintes d’utilitarisme, de commodité et de professionnalisme qui l’emprisonnait.

Le catalogue explore bien mieux que cet article tout ce mouvement 8-bit/chiptune et ses implications artistiques, culturelles et politiques. C’est un remarquable ouvrage avec de nombreux textes de référence (de Matteo Bittanti, Kevin Driscoll, Joshua Diaz, Ed Halter, Domenico Quaranta), une riche bibliographie, une discographie (avec les graphiques des pochettes de disque) et un CD mp3.

1bit symphonyL’exposition présente aussi bien des travaux purement audio que des animations programmées sur vieux ordis (voir par ex. sur YouTube celles de Mike Johnston/Mike in Mono sur ZX spectrum) ou en Flash (celles de Raquel Meyers dans le pur style 8-bit), des installations ou dispositifs (comme le fameux Vinylvideo de Gebhard Sengmüller), des documents sur les communautés microbuilder.com et micromusic.net, ou des objets sonores tels que le superbe 1-Bit Symphony de Tristan Perich proposant dans un boitier CD standard, un micro-circuit générant sur une programmation en 1 bit une symphonie en 5 mouvements.

Artistes:

Paul B. Davis (UK), Jeff Donaldson / NoteNdo (DE), Dragan Espenschied (DE), Gino Esposto / Micromusic.net (CH), Gijs Gieskes (NL), André Gonçalves (PT), Mike Johnston / Mike in Mono (UK), Joey Mariano / Animal Style (US), Raquel Meyers (SP), Mikro Orchestra (PL), Don Miller / No-carrier (US), Jeremiah Johnson / Nullsleep (US), Tristan Perich (US), Rabato (SP), Gebhard Sengmüller (AT), Alexei Shulgin (RU), Paul Slocum (USA), Tonylight (IT), VjVISUALOOP (IT).

Liens:
- le site de l’expo PlayList et son catalogue en pdf.
- les photos de Domenico Quaranta et Régine Debatty.
- le site de Domenico Quaranta.
- voir aussi le film “8 bit Movie: a documentary about art and video games” projeté à Art+Game (iMAL, 2006).

Why Art in Virtual Worlds?

Tuesday 4 November 2008

avatar mattesLe dernier numéro (31/2008) du magazine électronique du CIAC (Centre International d’Art Contemporain de Montréal) est en ligne et entièrement consacré aux formes d’art dans les mondes virtuels en ligne (Second Life, World of Warcraft,…).
A lire sur www.ciac.ca/magazine/sommaire.htm

Au sommaire: une introduction de Patrick Lichty, des articles en Anglais et Français d’auteurs (artistes, critiques, théoriciens) tels que Fred Forest, Domenico Quarenta, Pau Waelder, Paule Mackrous,…

Tenori-on de Toshio Iwai commercialisé!

Monday 3 September 2007

tenori-onCe 4 septembre à Londres sera lancé la commercialisation du Tenori-on de l’artiste japonais Toshio Iwai! Nouvel instrument de musique à interface visuel, au contrôle à la fois direct et par programmation visuelle d’automate sonore, Toshio Iwai n’en est pas à son premier essai sur les rapports sons, images et interactivité. Il les explore depuis près de 20 ans (tiens encore un ‘vieil’ artiste numérique) au travers d’installations, de jeux tels ElektroPlankton sur Nintendo DS, percée d’une certaine poésie interactive audiovisuelle dans l’univers du game (exposé à Art+Game en 2006, Bruxelles).
groupe tenori-on Alors ici, avec Yamaha, Toshio, artiste numérique bien connu dans l’art contemporain fait une percée dans le monde industriel: il fait aboutir dans un produit ‘consumer’ le résultat de 20 ans de recherche artistique: comme quoi l’art mène parfois à des produits innovants.

Si vous n’avez jamais vu, voir par ex. cette video sur YouTube. Je suis vraiment curieux de voir et entendre ce qu’en feront des musiciens professionnels!
(images à Ars Electronica 2005)

LABoral : 2 ou 3 choses

Monday 21 May 2007

Les 3 expositions inaugurales de LABoral (voir mon article sur ce nouveau centre d’art) proposaient près de 200 artistes et beaucoup d’oeuvres intéressantes (même si la plupart n’étaient pas nouvelles). En voici une toute petite sélection, complètement partiale et personnelle, en fait celles dont mes prises de vue vidéo sont regardables (et une bonne raison pour commencer à mettre des vidéos sur ce blog). J’en ai filmé d’autres telles que ‘Alerting Infrastructure’ de Jonah Brucker-Cohen, tout à fait approprié dans ce bâtiment flambant neuf, mais le résultat est vraiment trop mauvais… (vaut mieux aller voir son site).

Dans l’exposition gameworld, Walter Langelaar (que j’avais invité à Art+Game fin 2006) propose nOtbOt : un ordinateur qui joue tout seul, qui n’a plus besoin d’un joueur humain, quasi onaniste! D’ailleurs la notice invite le visiteur à saisir le joystick - ce que très peu osent faire bien évidemment (on ne touche pas une ‘oeuvre’ si bien posée, même dans une exposition interactive) - et c’est là qu’on se rend compte que ce joystick est complètement et fortement tenu par la machine, que vous n’avez plus aucune prise et plus rien à faire dans cette partie.

Dans l’exposition ‘Feedback’, je n’ai pu m’empêcher de filmer ce travail de Christa Sommerer et Laurent Migonneau, Life Writer, où comment les 2 artistes augmentent avec élégance et simplicité un objet du monde du siècle passé, tout en nous plongeant dans certaines de leurs préoccupations (code génétique, artificial life).

Toujours dans ‘Feedback’, une pièce de Marie Sester, Threatbox.us, dont le propos (l’emprise des médias, pour simplifier) et la forme (on se retrouve ‘bombardé’ par les médias) me rappellent Salt Lake, l’installation de Tom Heene et Yacine Sebti que j’ai produite (mais la vidéo sur le site de Marie est bien plus claire que la mienne…)

Dans ‘Feedback’, la confrontation avec des travaux précurseurs était permanente, comme par exemple avec les ‘Goggles’ (1968) de Lygia Clark, objet conçu non pour une contemplation passive, mais comme point de départ à une expérience interactive et participative.

Laboral : A Toda Maquina

Sunday 6 May 2007

gameworldInvité fin Mars à l’ouverture de Laboral, tout nouveau centre d’Arts et de Création Industrielle à Gijon dans le Nord de l’Espagne, j’ai pu découvrir un projet d’une ambition étonnante dans cette petite province oubliée des Asturies à l’industrie du siècle passé (mines et métallurgie).

laboral - insideOn aurait pu s’attendre à une petite initiative Arts et Nouvelles Technologies d’une commune reculée mais au maire éclairé… Et non, il s’agit bien là d’un projet majeur doté de moyens considérables (plus de 3 millions d’EUR de budget par an), installé dans un immense bâtiment entièrement rénové à l’architecture remarquable des années 50 (12.000 m2 !).

L’exposition inaugurale était à la mesure des ambitions: démesurée! On a pas lésiné sur les moyens pour positionner tout de suite Laboral au plus haut niveau international: 3 expositions simultanées rassemblant près de 200 artistes du monde entier sous commissariat ou jury des plus grandes personnalités ‘Media Arts’ du moment: “Feedback” (commissaires: Christiane Paul, Jemina Rellie, Richard Gere), “Gameworld” (commissaire principal: Carl Goodman) et “LabCyberspace” (exposition suite à appel à projets sous jury composé entre autres d’Alex Adriaanssens/V2 et Gerfried Stocker/Ars Electronica), des interventions dans la ville de Gijon (ex. LED Throwies du Graffiti Research Lab). Même si cette ouverture consacre les artistes connus du circuit, ce week-end fut effectivement grandiose! Tout en déambulant dans ces immenses salles, on pouvait y rencontrer multitude d’artistes (de Harold Cohen à Julian Oliver, Jodi, Sommerer et Migonneau,…), de théoriciens (ex. Lev Manovich), de directeurs de centre d’Arts Numériques (Ars Electronica, V2, Eyebeam,…) venus de toute la planète ‘Media Arts’!

Rosina Gomez-Baeza, figure emblématique de l’art contemporain espagnol (elle fut - entre autres - pendant près de 15 ans la directrice de ARCO, la grande foire d’art de Madrid), dame charismatique, chaleureuse, dynamique, fut une des visionnaires du projet Laboral et en est aujourd’hui sa directrice enthousiaste. Gageons qu’elle aura su mettre à profit ces mois de préparatifs et ce w-e d’ouverture pour nouer les meilleures alliances internationales permettant le décollage rapide d’un projet novateur, un vrai pari sur l’avenir de l’art en liaison avec l’industrie et les nouvelles technologies.

Laboral en Asturie serait-il l’équivalent du nouveau Guggenheim à Bilbao dans le pays basque voisin? Les projets sont fort différents: Laboral n’est pas un musée et se veut un centre d’arts en liaison étroite avec l’industrie et la recherche, son architecture - même remarquable - et son implantation ingrate en dehors de la ville n’ont rien à voir avec le bâtiment emblématique de Frank Gehry en plein centre de Bilbao. S’il faut chercher des modèles, c’est plus du côté de Ars Electronica à Linz ou du ZKM à Karlsruhe. En tout cas, ceci montre une fois de plus la volonté et le dynamisme de l’Espagne en ce domaine de l’Art et des Nouvelles Technologies, à côté de Hangar à Barcelone, Media Lab Madrid, de Zaragoza Milla Digital et des nombreuses initiatives dans les universités et écoles d’art et de design (ex. Mecad, Univ. Pompeu Fabra).

Les 3 expositions inaugurales se terminent fin juin. Après une ouverture si grandiose, on attend impatiemment l’annonce de la prochaine programmation. En tout cas, si vous êtes en Espagne cet été, il y a maintenant une nouvelle destination: Laboral, Gijon.
Liens:

- sur Gameworld par Julian Oliver: www.selectparks.net/…
- flickr photos par desdeasturiascom , Aram Bartholl, Douglas Edric Stanley, urban_data (LED Throwies), ou de Jonah Brucker-Cohen.

an invitation to play

Sunday 7 January 2007

antiromJ’ai récemmemt découvert le blog d’Andy Polaine, un des fondateurs du collectif antirom, studio new média créé à Londres au milieu des années 90 et qui commit ce fameux cd-rom du même nom. Une des préoccupations d’antirom était d’explorer ce qui rend une expérience interactive engageante, intéressante. Le cd-rom antirom proposait une compilation de petites pièces courtes, souvent iconoclastes ou absurdes, mais explorant chacune une idée simple d’interactivité.

Les recherches actuelles d’Andy sont dans la même veine, et je ne peux m’empêcher de vous traduire ce paragraphe sur lequel je le rejoins entièrement, extrait d’un petit essai qu’il a publié dans le catalogue de l’exposition Game/Play (Londres, 2006).
Cet essai explore les ‘art games’ et comment et pourquoi ils réussissent (ou ne réussissent pas - cas le plus fréquent) à engager l’utilisateur. Ceci dépend la plupart du temps de la capacité de l’artiste à construire une ‘invitation à jouer’, c’est à dire, d’être capable de nous séduire pour nous entraîner dans un comportement ludique avec l’oeuvre, pour jouer avec elle. Et s’il rate cette invitation, alors tout autre message, contenu ou idée contenu dans l’oeuvre est perdu, non communiqué… et alors à quoi bon faire oeuvre interactive?

Et je rajouterais que ceci est valable pour toute oeuvre interactive. Voir l’article complet sur www.polaine.com/playpen/…

jeu vidéo, art et compagnie

Thursday 26 January 2006

Cela fait déjà quelques années que les artistes numériques détournent les jeux vidéos, s’approprient leurs formes, codes et clichés narratifs pour développer leurs propres créations ou véhiculer leurs discours. Ainsi on se souvient des “Untitled Games” (1996-2000) du duo belgo-hollandais Jodi explorant les glitches, flickers erratiques et autres interférences de Quake, ou des villes 3D glaciales de Tobias Bernstrup (projets XSeed400, Nekropolis, Postdamer Platz), ou des approches virales de la “corporation” activiste RTMark , ou des jeux de poésie sons+images de l’artiste Toshio Iwai pour Mattel dans les années 90 (SimTunes) et tout récemment pour Nintendo DS avec ElektroPlankton.
Si le sujet vous intéresse, lisez l’article Détournez les jeux vidéos de Laura Baigorri sur le tout nouveau magazine en ligne, Sklung, lancé par Pierre Bongiovanni.

The Endless ForestLe dernier projet du duo belgo-américain Michaël Samyn et Auria Harvey, The Endless Forest, ouvre une direction intéressante. The Endless Forest, jeu 3D en ligne multi-utilisateur, se veut un jeu d’auteur comme évolution nécessaire du médium jeu vers une forme plus artistique, voulant proposer plus que l’expérience souvent basique des jeux 3D habituels. Noble but, peut-être pas si nouveau que cela… A vous de juger sur www.tale-of-tales.com (PC Windows uniquement, c’est pour cela que j’ai pas encore eu le temps d’en faire l’expérience…).

Mais là où les deux artistes d’entropy8zuper innovent, c’est en tout cas dans le modèle économique (ou/et social) avec lequel il lance ce projet pour le moment gratuit: une société sprl, qui d’ailleurs engage un producteur exécutif et un commercial pour trouver le public de ce produit innovant.

The Endless Forest est présenté au festival Artefakt, Leuven, avec plein d’autres choses à ne pas manquer du 13 au 18 février: voir le programme sur www.artefact.vlaamsbrabant.be .